20 septembre 2007
La police, pare-chocs de Sarkozy
Le fils cadet de Nicolas Sarkozy est cité à comparaître ce matin en correctionnelle pour délit de fuite (une simple audience de procédure, destinée à fixer la date du procès et le montant d’une éventuelle caution). Le plaignant, M’Hamed Bellouti, n’envisageait pas d’en venir à une telle extrémité, s’agissant d’un accident de la circulation d’une affligeante banalité. Mais après deux ans de vaines tentatives pour se faire rembourser 260 euros de dégâts, il ne supporte pas que «certains se croient au-dessus des lois».
Le 10 octobre 2005, place de la Concorde à Paris, haut lieu de densité automobile, M’Hamed freine au volant de la BMW de son père. Derrière, un scooter n’a pas le temps de s’arrêter et emboutit le pare-chocs de la voiture. Puis prend aussitôt la tangente «en faisant un geste offensant de la main» . Un passager de la BMW a le temps de noter l’immatriculation du scooter.
M’Hamed contacte son assureur, qui écrit au propriétaire du deux-roues en janvier 2006. Pas de réponse. Un mois plus tard, M’Hamed, muni d’une expertise qui fixe à 260 euros les réparations, porte plainte au commissariat du XVIe arrondissement pour délit de fuite. Il ne connaît pas encore l’identité du conducteur du scooter, même si il a vu son visage. «Les policiers m’ont dit : Pas de problème, il y aura une confrontation. »
Illustre. En mars, M’Hamed rappelle le commissariat : plus de trace de sa plainte… Egarée. L’été arrive, la police n’a toujours pas pisté le propriétaire du scooter. Mais l’assureur, si : Jean Sarkozy de Nagy-Bocsa, domicilié à Neuilly. «C’est quand même bizarre que l’assureur l’a retrouvé et pas la police», note M’Hamed, qui n’apprend le nom de son illustre «percuteur» qu’en septembre 2006, en obtenant copie des trois courriers envoyés en vain par la Maaf : «On me dit d’être prudent en période électorale. Alors j’attends.»
Le 7 janvier 2007, nouveau fait divers sur deux-roues. Le scooter de Sarkozy fils est dérobé à Neuilly. Avec une célérité remarquable et au moyen d’un pistage ADN, la police retrouve l’engin en dix jours. Pour M’Hamed, c’en est trop : «On me prend pour un con.» Son père et son frère militent à l’UMP, ils lui suggèrent de tenter un ultime arrangement amiable. Le second se rend au QG de campagne de Nicolas Sarkozy, est reçu par une secrétaire. Toujours rien.
«Principe». M’Hamed Bellouti se décide à porter l’affaire au pénal. Son avocat, M e Christophe Launay, rédige une citation directe en août pour destruction de bien et délit de fuite. «Je ne lâche pas le morceau, par principe. N’importe quel citoyen qui tape une voiture avec délit de fuite est convoqué. Pourquoi cette justice à deux vitesses ? Quand on lui vole son scooter, y a du zèle ; quand il percute ma voiture, y a plus de zèle.» En plus des 260 euros (pour un pare-chocs enfoncé), M’Hamed en demande 4 000 pour préjudice moral : «Pour l’attente, et parce je crois encore à la démocratie.»
Commentaires
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